29 C
Antananarivo
vendredi 2 décembre 2022
$0

Vous n'avez pas encore sélectionné de publication à télécharger.

La pêche, la tête sous l’eau

EconomieLa pêche, la tête sous l’eau

L’île de Nosy Be est reconnue pour son écosystème marin extraordinaire. Outre le tourisme qui est la première source de revenus de la population locale, l’Île aux parfums figure parmi les zones stratégiques en termes de pêche, avec une production annuelle de 18 millions de tonnes en 2019 réalisée par quelque 20 000 pêcheurs. Des menaces planent pourtant sur cette voie potentielle de développement, à cause du changement climatique.

Au niveau des écosystèmes marins, l’impact du changement climatique est déjà une réalité. « La température de la mer augmente progressivement chaque année, ce qui entraîne la migration des poissons vers d’autres habitats éloignés du littoral », rapporte Dr Aly Bachiry Adouhouri, chercheur au sein du Centre national de recherche océanographique.

La plupart des coraux du récif de Nosy Be connaissent un blanchiment pouvant entraîner une érosion marine. Le nord de la Grande île subit de plein fouet les effets dévastateurs du changement climatique jusqu’à un  risque d’épuisement de stocks.

Réchauffement des océans

Le phénomène observé à Nosy Be n’est que l’illustration de la situation à Madagascar en termes d’effets du changement climatique. Le réchauffement de 0,6°C des océans affecte déjà tout l’écosystème, depuis les régions polaires jusqu’aux régions tropicales. Cela conduit des groupes entiers d’espèces comme les planctons, les poissons, les tortues et les oiseaux de mer à remonter de 10 degrés de latitude vers les pôles.

Cette interdépendance entraîne la perte des aires de reproduction pour des milliers d’espèces non seulement aquatiques, mais aussi terrestres, affectant ainsi leurs chances de reproduction, en détruisant l’habitat des poissons et en les poussant à se déplacer vers des eaux plus froides. De plus, le réchauffement des océans entraînerait une augmentation des maladies, car les agents pathogènes (notamment la bactérie porteuse du choléra et certaines proliférations des algues responsables de maladies neurologiques comme la ciguatera) se diffusent plus facilement dans des eaux plus chaudes.

Il importe de rappeler que dans cette lutte contre le changement climatique, l’étroite collaboration entre les diverses institutions actrices et les populations directement concernées est essentielle. Certes, la volonté politique des dirigeants, les financements des bailleurs et les études des chercheurs sont indispensables, mais ces efforts seront vains si la considération et l’implication des communautés locales sont absentes.

« L’État mène de front des activités stratégiques pour faire face aux effets du changement climatique, soutient Fridel, chef de circonscription de la Pêche et de l’Économie bleue à Nosy Be. (Il a engagé des actions) telles que la restauration des écosystèmes mangroves par des campagnes de reboisement de palétuviers, l’implantation des coraux, la mise en place de dispositifs de concentration de poissons, la dispensation de formation en activités génératrices de revenus comme l’algoculture, la pisciculture, l’halioticulture… ».

Plan d’aménagement

Le réchauffement des océans peut aussi entraîner une réduction des prises dans les régions tropicales. Les pêcheurs peinent à trouver des poissons en ce moment et les anciennes techniques de pêche ne sont plus adaptées. À Madagascar, la pêche fait vivre près de
1,5 million d’habitants le long du littoral. Les pêcheurs font partie des communautés les plus vulnérables et les plus marginalisées du pays, la majorité d’entre eux ne possédant aucune autre source de revenus.

Roger Joma est le président d’une fédération des pêcheurs qui rassemble 88 associations et plus de 7 000 pêcheurs officiellement enregistrés au niveau de la région Diana. Cette région a été identifiée par le projet Swiofish1 comme étant «ultra prioritaire» et, à cet effet, un plan d’aménagement des pêcheries a été établi. Elle couvre les baies d’Ambaro, d’Ampasindava, Tsimipaika et l’archipel de Nosy Be (Batan).

«Les pêcheurs ont pu bénéficier de formations en techniques de pêche pour améliorer leurs sources de subsistance et s’adapter aux effets du changement climatique. Les membres se réunissent périodiquement pour échanger sur leurs problèmes, se partager les responsabilités, notamment en matière de respect de la réglementation locale de pêche et de surveillance des zones de pêche», conclut Roger  Joma.  

Cet article est un compte rendu du voyage d’études effectué par la XVIIIème promotion du Youth Leadership Training Program (YLTP), une initiative de la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) à Madagascar, dans la région Diana (Nosy Be). Sa production entre dans le cadre de cette formation.

Ny Aro Andriamiarosoa, Tojo Andrianirina, Sarah Andrianjatovo, Tendry Miarisoa Raminovoaharimalala, Falimahenintsoa Ramananjato, Nathassa Razafiarisoa, Sariaka Falianja Manoarivelo, Joachim Ravolaharimanana et Rojombola Randriamahavalisoa

Articles les plus populaires

Politika 29

Au sommaire : Editoriaux La faim du monde par Raoto Andriamanambe L’élite, seul(e) chez...

Tourisme, nosy Be n’emmène pas au large

Alors que Nosy Be sortait d’une année 2019 faste et prospère sur tous les plans, elle se retrouve désormais à devoir gérer une multitude de problématiques, caractéristiques de son environnement socio-économique. La crise sanitaire induite par la Covid-19 a dessiné une toute nouvelle réalité. Des rues désertes, des commerces et des hôtels tristement vides, tel est désormais l’image arborée par l’Île aux parfums depuis deux ans.

Terres rares, convoitises immenses

Elles sont devenues indispensables aux batteries des véhicules électriques comme aux écrans des smartphones et aux éoliennes. Les terres rares font l’objet de nombreuses convoitises au niveau mondial. Elles sont composées d’un groupe de métaux aux propriétés voisines comprenant le scandium, l’yttrium, et les quinze lanthanides.

Terres rares d’Ampasindava, une société gourmande, une communauté sur sa faim

Dans un pays en voie de développement avide de ressources financières, comme Madagascar, l’exploitation des terres rares semble être un choix pour alimenter les caisses de l’État. Cependant, beaucoup craignent qu’elle n’apporte pas de retombées tangibles pour la population locale.

Montée des eaux, les îles réclament un«traitement différencié »

Le monde est proche d’un point de non-retour. Des pays insulaires sont appelés à disparaître si le niveau de réchauffement climatique n’est pas maintenu.

Interview de Richard Rakotonirina : « Madagascar gagnera à coopérer avec les pays qui respectent sa souveraineté »

Très discrète auparavant, l’association Les Amis de la Russie à Madagascar s’est réveillée pour défendre farouchement les relations entre les deux pays et la Russie. Entretien avec son président.

Interview du Professeur Holimalala Randriamanampisoa : « L’inflation frappe l’économie dans son ensemble, des ménages aux entreprises »

Les pays les moins avancés, comme la Grande île, subissent de plein fouet les effets de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ainsi que ceux d’une relance post-Covid brutale. La responsable de la mention économie à l’université d’Antananarivo nous explique les mécanismes de cette inflation qui atteint sévèrement les ménages.

L’élite, seul(e) chez soi

L’élite. Rien que le son de ce mot est une sonate à mes oreilles. Faire partie de l’élite, c’est mon rêve d’enfant. Car j’ai toujours supposé que, là-haut, je n’aurai plus de soucis. Si bien que le travail manuel, suer sang et eau n’est pas tellement quelque chose qu’on n’a jamais connu.

Ambohitriniandriana, au passé composé

0
Avant Ikongo, avant Iabohaza, un drame d’une ampleur inédite avait frappé le cœur de la société Malgache. La vie des habitants du fokontany d’Anosikely, de la commune rurale d’Ambolotarakely, dans le district d’Ankazobe, région Analamanga, sera à jamais bouleversée par une attaque sans précédent. Aujourd’hui, leur vie est rythmée par la peur et l’inquiétude. Récit.

Madagascar – île Maurice : une convention fiscale à sens unique

0
En 2019, l’île Maurice avait fait la Une de la presse mondiale, non pas pour ses plages de sable fin, ses eaux cristallines et ses hôtels majestueux, mais pour la fuite de documents pointant du doigt la manière dont des entreprises profitent du régime fiscal particulièrement attractif de ce pays voisin de Madagascar. Elle est l’une des destinations privilégiées des grands groupes malgaches également.

Une guerre que personne ne connaît

0
Les menaces viennent uniquement de l’intérieur. Les coups d’État, les renversements, les escarmouches entre le pouvoir et les milices dans les zones rurales…

Interview de Pierre Lenoble Navony : «Certains s’affirment être démocrates alors qu’ils confisquent la...

0
Tensions politiques et sociales, préparation de la présidentielle… Le président du Haut conseil pour la défense de la démocratie et de l’État de droit (HCDDED) n’épargne aucun sujet et partage pour Politikà ses points de vue sur ces sujets.

Général Lumène Fidèle Rasolofo : « La gendarmerie n’a pas vocation à tirer sur...

0
Il a occupé de hautes responsabilités au sein de la gendarmerie nationale. L’officier à la retraite revient sur les évènements d’Ikongo et les rôles de la gendarmerie.

Lire nos parutions en ligne

spot_img

Suivez-nous sur

AccueilEconomieLa pêche, la tête sous l’eau