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Tourisme, nosy Be n’emmène pas au large

EconomieTourisme, nosy Be n’emmène pas au large

Alors que Nosy Be sortait d’une année 2019 faste et prospère sur tous les plans, elle se retrouve désormais à devoir gérer une multitude de problématiques, caractéristiques de son environnement socio-économique. La crise sanitaire induite par la Covid-19 a dessiné une toute nouvelle réalité. Des rues désertes, des commerces et des hôtels tristement vides, tel est désormais l’image arborée par l’Île aux parfums depuis deux ans.

« Nosy Be se noie sous un flot de problèmes. La vague meurtrière de la Covid-19 a englouti les multiples perspectives qui se profilaient quelques années plus tôt », affirme Andriatahiana Mahafahana, guide-accompagnateur national, faisant référence au choc implacable subi par ce secteur-clé de l’économie de ce petit bout de Madagascar au large de la côte nord-ouest.

L’ensemble de l’île est à l’image du village balnéaire d’Ambatolaoka – où les rues sont très animées le soir habituellement – elles ne comptent désormais plus qu’une poignée de fêtards perdus dans les méandres d’une ville aujourd’hui dans l’agonie.

Pic

Les dernières données de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) font état d’une baisse de plus de la moitié des flux touristiques internationaux au cours des huit premiers mois de 2020. Le « Tahiti de l’océan Indien » n’a pas été épargné par la crise. Une baisse de 71% du nombre de touristes a été constatée.

Les restrictions de voyage ont fait chuter de 91% la demande au niveau des opérateurs économiques dans le secteur du tourisme. Entre 2016 et 2021, la situation avait pourtant connu une belle embellie. Le nombre d’établissements d’hébergement est passé de 84 à 212. Cette hausse s’explique par la croissance des investissements engagés dans le secteur au vu du pic au cours de la florissante année 2019. Dans la foulée, la création d’emplois, elle aussi, a connu une importante progression allant de 2 525 à
3 296 au cours de la même période… Puis vint la chute. En mai 2020, 64 sur les 212 établissements hôteliers ont dû fermer leurs portes. Le chômage partiel atteignant les 2023, tandis que le chômage technique total et le licenciement sont passés respectivement de 778 à 1 181.

Une forte dépendance au tourisme international

Nosy Be a développé une forme de dépendance de plus en plus accrue au tourisme international. Sur une population d’environ 110 000, près de 4 000 vivent exclusivement du secteur. L’ampleur de cette dépendance transparaît d’autant plus avec le bilan socio-économique catastrophique constaté dans la ville, suite à l’effondrement de la demande, aux reports et aux annulations à n’en plus finir.

Bilan sans appel du lendemain de la crise de la Covid-19. D’après Angelot Ravo, un voyagiste, 400 personnes ont annulé leur réservation directe, leur réservation sur place avec les croisières incluses. En conséquence, 99% des guides sont inactifs depuis la crise de la Covid-19. Notre interlocuteur regrette que « les acteurs ne se soient pas préparés à la crise. Les opérateurs touristiques sont ceux qui ont le plus souffert des conséquences de cette sombre période. Au niveau de notre agence, 50% des guides freelancers ont perdu leur travail. »

Cette crise a montré l’incapacité de la région à générer des flux économiques autres que le tourisme international. Angelot Ravo mentionne la tentative de promotion de la filière ylang-ylang qui représenterait une alternative réaliste pour pallier cette dépendance. Cependant, cette exploitation reste encore très restreinte dans la mesure où le marché demeure peu accessible aux petits exploitants. S’ajoutant à cela l’instabilité des prix à l’international qui rend encore incertaine la promotion de cette filière.

Pourtant, le projet Pôles intégrés de croissance et corridors (Pic 2) avait pour objectif d’intervenir dans deux secteurs que sont le tourisme et l’agribusiness. Si le premier a été un succès, le second a failli. En effet, Nosy Be fait venir de la Grande terre presque toutes ses nourritures, les fruits et légumes. En parallèle, l’industrie sucrière qui faisait sa fierté et l’usine de la Sirama ont été totalement abandonnées, ne laissant aucune porte de sortie à la population locale en termes de moyens de subsistance.

Une économie monosectorielle

Trois principaux défis ont été identifiés pour Nosy Be, notamment l’appui des opérateurs dans la gestion de la destination et dans la relance post Covid-19 (réouverture progressive des frontières, promotion du tourisme inclusif et incitation à la consommation locale, adoption de labels), le renforcement des compétences des professionnels du secteur; le maintien des offres touristiques déjà existantes et le développement de nouvelles offres de produits touristiques adaptées aux nouvelles restrictions et aux nouvelles exigences du tourisme mondial. Cependant, l’Île aux parfums a tout intérêt à diversifier son économie, pour éviter une nouvelle apoplexie en cas de nouvelle crise.

La crise sanitaire a révélé le talon d’Achille d’une économie monosectorielle et relance la réflexion sur les possibilités de diversification. Nosy Be est une péninsule regorgeant de biodiversité, d’une faune et flore sans égal, sans oublier les belles plages. Son aéroport international moderne, ainsi que ses infrastructures hôtelières et touristiques de haute volée constituent autant d’autres atouts. Quelques pistes se dessinent quant à la diversification.

La promotion de la destination Nosy Be au niveau local pour un tourisme inclusif favorisant les touristes locaux, en développant des offres adaptées et de nouveaux produits touristiques et attractifs, aussi bien pour le touriste national qu’international. La considération du tourisme inclusif et la consommation locale ont connu un regain d’intérêt important durant la pandémie et à la sortie de la crise. Il s’agit d’une voie à explorer pour assurer une stabilité économique pérenne pour Nosy Be. 

Cet article est un compte-rendu du voyage d’études effectué par la XVIIIème promotion du Youth Leadership Training Program (YLTP), une initiative de la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) à Madagascar, dans la région Diana (Nosy Be). Sa production entre dans le cadre de cette formation.

Nasser Salim Mohamad, Michaël Rakotomalala, Andrianina Ravaka Ratsimba, Kiady Tantely Randrianjatovonarivo, Dina Arisaona Andrianjafy Rakotomalala, Pierre Rodrigue Brechard, Mahafahana Andriatahiana

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