18 C
Antananarivo
jeudi 9 février 2023
$0

Vous n'avez pas encore sélectionné de publication à télécharger.

Constant Raveloson : « Tous les ingrédients étaient réunis pour déboucher sur le 13 mai 1972 »

InterviewsConstant Raveloson : « Tous les ingrédients étaient réunis pour déboucher sur le 13 mai 1972 »

« Pour moi, le mouvement n’a pas commencé qu’en 1972. L’évènement du 13 mai entrait parfaitement dans le cadre de mon cursus universitaire. Jeune, curieux et plein d’ambitions, j’avais pris part aux débats ou aux discussions politiques. Après mon baccalauréat, un titre du journal Andry-Pilier de Manandafy Rakotonirina, m’avait ouvert sur tout un univers. “Il s’agit d’exprimer avec la population les problèmes réels de la population avec les langages du peuple”, mentionait la publication. Tandis que l’AKFM véhiculait la lutte contre le monopole français ou encore contre l’impérialisme américain, avec des concepts abscons, le journal Andry-Pilier avait choisi un langage simple : celui des étudiants, des paysans… avec le souci d’évoquer les problématiques de tout le monde. Pour moi, “72” était en quelque sorte une confirmation que nous avions raison et qu’une grande partie de la population était également prête à faire bouger les lignes et à défendre les mêmes causes. Nous étions convaincus que les offres politiques ne réglaient pas toutes les problématiques.

Vers décembre 1971, les revendications concernaient l’internat de l’école de Médecine de Befelatanana. Les médecins de l’Assistance médicale indigène (Ami) avaient initié le mouvement. Ils revendiquaient davantage de considération. Quand nous, étudiants d’Ankatso, nous sommes emparés du mouvement, nous avions dépassé le simple stade des revendications. J’ai commencé par rédiger un tract. De manière anonyme et en toute clandestinité, j’y avais dénoncé les conditions d’examen en fin de cycle préparatoire en médecine à Ankatso. J’ai aussi énergiquement décrié ce système à deux “types” de médecins, un pour la ville et un autre pour le monde rural.

Puis, avec nos collègues, nous nous sommes penchés sur les  autres problématiques. Nous avons commencé à parler du système. Nos revendications portaient sur une question d’égalité : il fallait avoir une filière médecine homogène. Puis, nous nous sommes rapidement aperçus que l’enseignement général rencontrait à peu près le même problème. Des enfants étaient presque condamnés à s’arrêter au brevet d’études, en classe de 3e dans les CEG. Il n’y avait pas de passerelles pour les lycées. À l’époque, ce système avait été baptisé l’enseignement court. Les étudiants de l’enseignement technique ne pouvaient pas avoir la chance d’intégrer l’école supérieure en Polytechnique. Avec tous ces problèmes inhérents au système éducatif, tous les ingrédients étaient réunis pour déboucher sur le 13 mai 1972. »

                                                                                                                                    Constant Raveloson a été membre du comité « animation » du mouvement estudiantin de 197

Articles les plus populaires

Renégociation des accords de coopération, la grande bascule économique

Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement français s’est résigné à une décolonisation qui allait, comme on disait dans les années 60, « dans le sens de l’histoire »  tout en cherchant à maintenir le plus longtemps possible des liens privilégiés avec les anciennes colonies à travers des mécanismes d’aides financières et de préférences commerciales.

Interview de Jean Yvon Tiao Razananivo : « La filière vanille est en danger »

Les Organisations de la société civile (OSC) ont tenu, dans le courant du mois d’août, un forum national sur la vanille, auquel des acteurs en provenance de toutes les zones productrices ont participé. En marge de cet évènement, Tiao Razananivo, président du Comité pour la protection des intérêts d’Antalaha - Komity miaro ny tombontsoan’Antalaha (KMTA) nous a fait part de ses réflexions sur la question.

Guerre, sécheresse, changement climatique: clap de faim

L’économie mondiale vacille de nouveau, après la crise sanitaire et ses plus de six millions de morts à travers le monde. Madagascar n’échappe pas à la règle, mais avec des incidences dramatiques.

Diplomatie : de la pêche aux intérêts au péché d’orgueil

À l’orée d’un basculement des rapports géopolitiques mondiaux, la position diplomatique et les relations internationales de Madagascar restent floues, ou pour le moins, hésitantes. Le limogeage du ministre des Affaires étrangères a révélé au grand jour les divergences au sein de l’Exécutif.

Interview croisée de Bao Razafimahefa et de Lucien Razafindrakoto

0
Pourquoi les systèmes de sécurité sociale obligatoires peinent-ils à s’imposer à Madagascar ? Bao Razafimahefa (B.R.) : L’article 19 de la Constitution garantit le droit à la...

Ambohitriniandriana, au passé composé

0
Avant Ikongo, avant Iabohaza, un drame d’une ampleur inédite avait frappé le cœur de la société Malgache. La vie des habitants du fokontany d’Anosikely, de la commune rurale d’Ambolotarakely, dans le district d’Ankazobe, région Analamanga, sera à jamais bouleversée par une attaque sans précédent. Aujourd’hui, leur vie est rythmée par la peur et l’inquiétude. Récit.

Interview du Professeur Holimalala Randriamanampisoa : « L’inflation frappe l’économie dans son ensemble, des ménages...

0
Les pays les moins avancés, comme la Grande île, subissent de plein fouet les effets de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ainsi que ceux d’une relance post-Covid brutale. La responsable de la mention économie à l’université d’Antananarivo nous explique les mécanismes de cette inflation qui atteint sévèrement les ménages.

Une guerre que personne ne connaît

0
Les menaces viennent uniquement de l’intérieur. Les coups d’État, les renversements, les escarmouches entre le pouvoir et les milices dans les zones rurales…

Produit de rente : la vanille n’est plus en odeur de sainteté

0
Contestation des acteurs devant à l’immixtion de l’État dans la gestion de la filière vanille, soupçons de tentative de monopole, scandale des crèmes glacées à la vanille de Madagascar retirées du marché, des produits qui ne trouvent pas preneurs, montée de la concurrence ou encore risque de boycott des prix par les importateurs… l’or vert de la Grande île passe actuellement par une zone de turbulence.

Lire nos parutions en ligne

Suivez-nous sur

AccueilInterviewsConstant Raveloson : « Tous les ingrédients étaient réunis pour déboucher sur le 13 mai 1972 »