« Les jeunes malgaches sont et se sentent exclus des processus de prise de décision. Ceci les met en marge de la vie publique en général et les oblige à ne pas s’intéresser à la vie politique. Pourtant, ils veulent apporter du changement et apporter de nouvelles idées pour transformer le pays selon leurs visions, leurs valeurs et leurs intérêts en tant que jeunes, adolescents ou citoyens. Notre culture politique et notre culture en général accordent beaucoup d’importance aux opinions, aux prises de parole et prises de position des zokiolona, des olobe an-tanàna et des raiamandreny.
Selon la croyance héritée des ancêtres et des raiamandreny dans laquelle les jeunes sont éduqués, ces derniers ne sont pas assez matures et sérieux pour prendre des décisions, ils ne disposent pas encore du hasina, de la sagesse et des expériences des zokiolona et des raiamandreny pour décider de la vie de la famille, de la société et de la nation. Nos formateurs et nos coachs témoignent au sein du TMR que, du temps de leur jeunesse, il appartenait aux parents de définir unilatéralement la vision de leurs enfants. Mais si vous regardez de plus près, les jeunes sont capables d’apporter de nouvelles idées, d’apporter des changements et des visions ambitieuses. Actuellement, nous avons notre propre vision de l’avenir, nous rêvons de pouvoir s’éduquer, d’apprendre et de travailler, de construire un Madagascar meilleur, un avenir meilleur, afin que les futures générations ne vivent plus dans les mêmes situations que nous vivons depuis. Et nous voulons le faire ensemble avec les “expérimentés et sages aînés”.
Les candidats et/ou leurs partis politiques manipulent de diverses façons et/ou achètent des jeunes à travers, par exemple, la distribution d’objets et d’argent et l’organisation de spectacles durant les manifestations électorales afin d’obtenir plus de voix. Ainsi, les groupes de population, en particulier les jeunes, qui assistent aux propagandes avec comme objectif de s’informer sur les idées et les programmes des candidats, ne trouvent pas leur compte dans les communications des candidats. Des jeunes ne comprennent pas pourquoi les politiciens volent des bulletins de vote et des voix durant les élections. Ils se demandent pourquoi il est si difficile pour “des aînés expérimentés et sages” de tenir des élections et/ou d’accepter les résultats des élections dans le respect, au moins, des valeurs malgaches et chrétiennes, étant donné que ces aînés sont censés être gardiens des soatoavina malagasy et/ou sont des chrétiens dans leur majorité. Même moi, je me demande aussi, pourquoi à chaque fois qu’on organise une élection (surtout présidentielle) chez nous, on exige toujours le changement de ceci ou de cela, alors que tout le monde dispose de cinq ans pour y réfléchir et pour réaliser les réformes correspondantes?
Les élections risquent de perdre leur caractère de source de pouvoir en général et en particulier pour les jeunes qui veulent s’engager dans les compétitions pour la participation aux processus de prises de décisions. L’alternance démocratique au pouvoir et l’entrée des relèves dans la sphère politique seront alors remises en cause, les taux d’abstention électoraux resteront très bas. Surtout dans les zones rurales, là où le problème de l’importance des rôles de l’élection et du vote s’ajoute aux autres défis. Malgré tout cela, les jeunes savent que le pouvoir s’arrache, surtout lorsqu’il se trouve depuis des décennies entre les mains d’anciens politiciens. De nombreux jeunes ont commencé à manifester leur intérêt à participer en tant que candidats aux prochaines élections. Au sein du TMR, nous projetons de présenter et de soutenir des candidats jeunes pour les élections communales et/ou législatives. Moi, personnellement, je serai candidate à la mairie d’une commune rurale..
(…) De nombreux jeunes occupent déjà des postes de décideurs dans notre pays, même si ce n’est pas encore suffisant, même si nous sommes encore très loin d’en être satisfaits. Personnellement, je souhaite et je crois que beaucoup plus de jeunes seront conscients et se mobiliseront pour les causes communes des jeunes et surtout des groupes sociaux qui se sentent minorisés et exclus de la vie politique. Nous devrons commencer par structurer nos idées autour de nos visions, nos valeurs et nos idéologies, et par nous organiser politiquement autour de ces concepts afin de pouvoir participer formellement aux différentes structures de participation et de compétition pouvant nous ouvrir les portes des processus de prise de décision. En tant que porteurs de nouvelles idées et de nouveaux projets, nous marcherons alors vers notre vision. Nous voudrions, si possible, le soutien des aînés, sans qu’ils essaient de nous soumettre à leurs visions, stratégies ou objectifs. De nombreux jeunes ont fait leur entrée dans l’arène politique. Des partis politiques mettent en place des sections jeunes politicien/nes, quand il y a une manifestation politique. Sauf soumission des nouveaux venus aux anciens politiciens à travers les recrutements clientélistes et ethnicistes, je crois fortement que les jeunes vont changer (la donne) et transformer le pays, c’est cela que nous appelons fièrement manova rasa ».
Jean Aimé Raveloson